La grippe ne passera pas par nous

Octobre, le mois où l'on fourbit ses armes contre la future épidémie

La plupart d'entre nous a encore un pied dans l'été indien, et la grippe nous semble donc bien loin. C'est pourtant à partir de maintenant que l'on doit penser à s'armer contre la future épidémie hivernale qui survient généralement après les fêtes de fin d'année. Le temps d'aller se faire vacciner, puis que notre immunité mette ses petits soldats en ordre de bataille, et les premiers grelots seront là...

« D'abord, rappelons qu'il existe plusieurs types de virus grippaux, les plus courants appartiennent aux types A et B », explique le Dr Nathalie Lambert, responsable de l'Hygiène hospitalière et de la vaccination du personnel au sein de la Clinique André Renard – réseau Solidaris (Liège). « La difficulté majeure, c'est que ces virus changent constamment et que, par conséquent, on ne peut jamais acquérir une immunité complète contre la grippe... Heureusement, ces virus sont étroitement surveillés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Institut scientifique de santé publique (ISP). Chaque année, il y a donc une sorte de ‘pari' pour produire un vaccin dont la composition est adaptée aux caractéristiques génétiques des virus les plus susceptibles de circuler pendant l'hiver. »

Pour cet hiver 2016-2017, trois vaccins sont disponibles en pharmacie : un vaccin quadrivalent (Alpharix Tetra de GSK) et deux vaccins trivalents (Vaxigrip de Sanofi Pasteur MSD et Influvac S de Mylan). A noter que le premier vaccin antigrippe par voie nasale (Fluenz Tetra), apparu l'hiver dernier, n'est pas disponible cette année.

« Le vaccin trivalent contient trois composants : deux souches du virus influenza A et une souche du virus influenza B ; le vaccin quadrivalent, en plus des trois composantes des vaccins trivalents, contient une souche supplémentaire B », poursuit le Dr Lambert. « Par rapport à la saison dernière, les composantes influenza A/H3N2 et influenza B ont changé : pour la composante A/H3N2, la souche A/Hong Kong/4801/2014 remplace la souche A/Switzerland/9715293/2013. Pour la composante influenza B, la ligne B-Victoria a été sélectionnée à la place de la ligne B-Yamagata. En effet, la saison dernière, ce sont principalement les virus  appartenant à la composante B-Victoria  qui ont circulé. »

Non, le vaccin ne donne pas la grippe

« Précision importante, les vaccins contre la grippe actuellement disponibles en Belgique sont tous des vaccins inactivés (et sans adjuvants). Ils sont préparés à partir de souches virales inactivées, autrement dit ces souches ont perdu tout pouvoir pathogène, mais ont gardé leur pouvoir immunitaire », précise notre spécialiste. Se faire vacciner ne cause pas la grippe, qu'on se le dise. C'est là une des légendes urbaines qu'alimentent les personnes réfractaires à la vaccination de manière générale. Par contre, il est possible d'avoir une petite rougeur passagère au niveau du site d'injection du vaccin. La seule contre-indication à la vaccination antigrippe concerne les personnes allergiques aux protéines d'œufs (qui servent de base à la confection des vaccins).

« La période idéale pour se faire vacciner va de début octobre à la mi-novembre, voire le début du mois de décembre (avant la poussée hivernale). La protection du vaccin est efficace à partir de deux semaines après la vaccination. »

L'épidémie de grippe de l'hiver dernier, qui a duré dix semaines de fin janvier à fin mars, n'a pas été particulièrement virulente, et n'a pas provoqué de surmortalité. Il faut remonter à l'hiver précédent (2014-2015) et à la grippe de 2012-2013 pour trouver une « forte intensité », soit une incidence de 1.000 consultations pour syndromes grippaux par 100.000 habitants, selon les critères épidémiques officiels de nos autorités de Santé publique. « Exerçant en milieu hospitalier, je ne vois que les patients hospitalisés pour les complications de la grippe. Les deux dernières années, si je me base uniquement sur les statistiques de l'hôpital, il n'y a pas eu de recrudescence de patients hospitalisés pour la grippe et ses complications », précise encore Nathalie Lambert.

La grippe ne doit pas faire peur, mais il faut absolument s'en prémunir quand on fait partie de groupes à risque, ou que l'on travaille auprès de personnes fragilisées

Qui doit se faire vacciner ?

« Le Conseil supérieur de la santé, pour cette saison 2016-2017, a défini trois groupes cibles. Pour résumer, il convient de vacciner en priorité les personnes âgées de plus de 65 ans, les personnes à partir de l'âge de 6 mois atteintes d'une affection chronique pulmonaire, cardiaque, hépatique, rénale ou présentant des troubles immunitaires, et le personnel du secteur de la santé, les femmes enceintes dans le 2ième ou 3ième trimestre et les personnes institutionnalisées », détaille le Dr Lambert.

Etonnamment, malgré toutes les campagnes de sensibilisation organisées ces dernières années et, souvent, la gratuité du vaccin, le personnel soignant ne se presse pas aux portillons pour se faire vacciner : « Il est primordial que le personnel de la santé soit vacciné, non pas pour contrer l'absentéisme, mais pour éviter de contaminer les patients fragilisés chez qui les complications de la grippe peuvent être parfois mortelles. Pourquoi la compliance reste-t-elle aussi faible ? Les deux arguments qui reviennent fréquemment, c'est que le vaccin n'est pas efficace à 100% et ensuite qu'il rend « malade », avec des syndromes grippaux (douleurs musculaires...). Alors que les avantages de la vaccination sont clairs : au mieux, on évite la grippe, et sinon, la gravité et la durée des symptômes sont moindres. Et je le rappelle, c'est aussi le moyen le plus efficace pour protéger nos patients et nos proches. Celles et ceux qui ont déjà présenté une « vraie » grippe - à savoir fièvre élevée, myalgies, courbatures et intense fatigue - n'hésitent plus et se font vacciner chaque année. Une étude intéressante a été menée par l'Université de Washington, où une vaccination obligatoire contre l'Influenza a été lancée dans un groupe hospitalier. Il y avait bien sûr possibilité de refuser la vaccination simplement par écrit. Au total, 98% des 25.860 employés ont été vaccinés ! »

A la Clinique André Renard, pour éviter de se refiler les virus hivernaux, on a trouvé le truc : « Quand la saison commence, c'est « stop bisous » pour ne pas se contaminer les uns les autres si le virus est encore en incubation », glisse notre interlocutrice.

Quand faut-il aller à l'hôpital ?

Les petits enfants et les seniors sont les plus à risques de voir leur santé pâtir rapidement d'une « simple » grippe. « Notre service de Gériatrie accueille en période hivernale un certain nombre de personnes âgées déjà fragilisées par toute une série de maladies chroniques (diabète, cardiopathie ischémique, bronchite chronique, séquelles d'AVC...) et présentant des complications liées à la grippe. Bien souvent, il s'agit de bronchopneumonies bactériennes qui nécessitent une antibiothérapie généralement administrée sous forme de perfusion les premiers jours (le patient étant souvent affaibli, il a des difficultés à ingérer les médicaments sous forme orale), de la kiné respiratoire intensive, des soins de nursing et même une oxygénothérapie », précise Nathalie Lambert.

Comment savoir qu'une grippe n'est plus « normale » et qu'il vaut mieux se rendre à l'hôpital ? Le médecin généraliste est bien sûr en première ligne. Les critères d'hospitalisation sont, chez les tout-petits, des signes de déshydratation et/ou de détresse respiratoire (apnées, battements des ailes du nez), le refus ou des difficultés à s'alimenter, voire des troubles de la vigilance. Chez l'adulte, des difficultés respiratoires majeures, une fièvre qui ne cède pas aux médicaments antipyrétiques, le cœur qui s'emballe, de la confusion et des vertiges ou une tension qui chute doivent aussi alerter.