Comment vont les ados ?

Il y a un an, Solidaris - Mutualité Socialiste lançait un vaste programme d'enquêtes sociales et politiques : les Thermomètres Solidaris. Après avoir sondé la population dans « le moral des Belges »(juin 2012) et le rapport stress et travail (décembre 2012), la troisième vague du Thermomètre s'intéresse à nos adolescents : comment vont-ils ?

Si le constat global est particulièrement positif, le rapport met aussi en lumière un constat inquiétant. Positifs car 8 jeunes sur 10 se sentent bien, inquiétants car 2 sur 10 vont mal, voire très mal (les « décrochants »).

Quelle est la place des ados dans notre société ?

Qui sont ceux en souffrance ?

Quel est le regard des parents et des professeurs sur leurs adolescents ?

Quelle(s) solution(s) mettre en place face à des constats parfois alarmants ?

Nous avons interrogé un échantillon de 400 ados de 14 à 18 ans et en parallèle 250 parents et 140 professeurs, les deux principaux acteurs de socialisation de l'adolescent.

Des ados en transformation dans une société en mutation

L'adolescence est par définition une étape de mutation entre l'enfance et le monde adulte et ce changement nécessaire se fait pour eux dans un monde en transformation. Ce ne sont pas des crises que nous traversons mais bien une profonde mutation de la société. En ce qui concerne les ados, ce phénomène s'accompagne de changements profonds :

Un allongement de la période « adolescence » : les jeunes entrent dans cette période très tôt (on parle de « préadolescents ») pour en sortir le plus tard possible (« l'adulescence », le phénomène « Tanguy »).

Les parents et les professeurs, les deux piliers de socialisation des ados, se sentent quelque peu déstabilisés, souvent perdus face aux changements sociétaux et globalement coupables du monde qu'ils laissent à leurs enfants.

Le rapport au monde chez les ados se vit à la lumière des nouvelles technologies de l'information avec lesquelles ils sont nés mais que leurs parents et leur professeurs découvrent et parfois craignent.

Toutes ces conséquences pourraient, a priori, susciter un certain mal-être chez nos adolescents. Or, environ 80% des jeunes (de 14 à 18 ans) interrogés affirment se sentir bien. Comme si, contrairement aux adultes qui perdent leur repères, les adolescents n'éprouvaient pas ce vertige, la nouvelle société, ils la créent aujourd'hui, sans nostalgie du passé.

Ceux qui vont bien

Ils ne sont pas en rupture avec leur famille : leurs parents les aident à avoir confiance en eux. En effet, 84% des ados affirment avoir une relation satisfaisante avec leur famille.

Ils souhaitent plus d'échanges avec les adultes : 52% expriment ce besoin, 42 % souhaitent le faire plus souvent.

Plus de 6 ados sur 10 aiment l'école : ils sont convaincus de l'importance d'obtenir un diplôme, ils apprécient leurs professeurs mais affirment que l'institution ne les prépare pas bien face aux réalités du monde. Par ailleurs, 2 ados sur 10 sont victimes de violences psychiques ou physiques à l'école.

7 ados sur 10 veulent radicalement changer la société trop centrée sur l'argent et dans laquelle il y a trop d'inégalités sociales.

Rapport à l'avenir : 8 ados sur 10 savent ce qu'ils veulent faire après le secondaire. Ils sont bien conscients des difficultés comme trouver un travail mais ne craignent pas l'avenir. Ils ont confiance en leurs propres capacités.

Engagement : 1 ado sur 2 est prêt à agir vraiment pour des causes concrètes (développement durable, actions humanitaires,...). Seulement 11% d'entre eux seraient prêts à s'engager dans un parti politique.

Connectés 24h/24 mais pas déconnectés de la réalité : les ados ont instauré une culture du lien permanent grâce au TIC. Ils passent près de 3h par jour en moyenne sur Internet (2h pour la TV).

Ils se disent en bonne santé : cependant, 9% des ados consomment parfois ou souvent des antidépresseurs ou des tranquillisants. Quant à leur santé mentale, la moitié seulement ressent un besoin d'aide et moins de 2 ados sur 10 ont fait appel à des professionnels de la santé pour ce type de problème.

Alcool : 7 jeunes sur 10 en consomment. 4 ados sur 10 ont déjà été ivres, 1 sur 5 a déjà consommé du cannabis et 4 sur 10 ont déjà fumé une cigarette. La consommation de ces substances est surtout associée à une pratique d'appartenance à un groupe et souvent liée à un usage « festif ».

2 adolescents sur 10 vont mal : sociotype des « décrochants » ? issus de milieux socio-économiques défavorisés, dans des familles monoparentales, moins intégrés, de nationalités étrangères non européennes, leurs relations avec leurs parents et leurs professeurs sont négatives, "décrochés" scolaires : doubleurs, déscolarisés,... inscrits davantage dans la filière professionnelle, n'ont aucune vision de leur avenir, souvent déprimés et ont déjà eu envie de se suicider, vraiment « addicts » à internet (plus de 4h par jour), consomment davantage d'alcool, de tabac, de cannabis et d'autres drogues

Parents et professeurs : quel regard sur les ados ?

Ces deux piliers de socialisation de l'ado se sentent déstabilisés, parfois perdus face aux changements rapides de la société et culpabilisé face au monde qu'ils offrent aux jeunes. Les profs se sentent démunis face aux problèmes de déscolarisation : ils sont insuffisamment formés pour pallier les problèmes de décrochage des ados. De plus, le manque de reconnaissance de la société leur pèse et ils sont plus que mitigés quant au rôle de l'école à l'égard des ados. Par ailleurs, parents et professeurs affichent un manque de communication entre eux et ont une image réciproque négative.

Et pour demain ?

Cette troisième enquête du Thermomètre Solidaris conforte l'idée que notre monde est en mutation. Les adolescents actuels n'ont pas à faire le deuil de la société que nous quittons. Par contre, il est nécessaire de leur donner la confiance, les moyens et les outils aux ados pour qu'ils construisent le monde de demain. Il est aussi essentiel de s'interroger sur cette société qui « laisse » sur le côté 2 jeunes sur 10, prisonniers des fatalités sociales : est-ce acceptable ?

Pistes de proposition

Face aux constats de cette troisième enquête, Solidaris - Mutualité Socialiste souhaite :

1. Communiquer en profondeur auprès des politiques et du grand public, à différents niveaux (organisation de débats, campagnes de prévention, ...).

2. Rassembler autour de colloques, de tables rondes, les professionnels mais également les adolescents, parents et professeurs.

3. Sensibiliser les politiques (ex : réflexions sur l'enseignement professionnel, intégration d'un cursus sur les ados dans les cursus des profs et médecins,...).

4. Agir au niveau de la prévention (intervention d'ASBL, de mutualités au sein des écoles, prévention et sensibilisation aux assuétudes,...).

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Télécharger "Thermometre Solidaris 3 - Comment vont les ados ? (mai 2013)" (pdf, 4.29 Mo)