Volet 9 : Le travail protège-t-il de la pauvreté ?

Thermomètre Solidaris - Le Soir – RTL N° 9 : Le travail protège-t-il de la pauvreté ? (Octobre 2016)

BannerTH9

Dans un premier temps, un peu plus de 3.000 travailleurs francophones ont été interrogés dans le cadre de cette enquête. Quels sont leurs revenus ? Comment se porte leur pouvoir d'achat ? A quoi ressemblent leurs fins de mois ? L'objectif ici était de savoir si le fait d'occuper un emploi, et ainsi d'être en activité, suffit encore à protéger de la précarité financière voire même de la pauvreté.

Dans un deuxième temps, ce sont plus de 800 travailleurs répondant à des critères spécifiques en termes de pouvoir d'achat, qui ont pu s'exprimer sur la façon dont ils vivaient, la perception qu'ils avaient de la société et des institutions, mais aussi plus simplement sur leur état de santé, physique et mentale.

Un premier constat alarmant  

Bien que le travail reste indéniablement un facteur d'intégration et que face au chômage il continue à offrir une meilleure situation, aujourd'hui, être détenteur d'un emploi ne suffit plus à se prémunir de la précarité voire de la pauvreté.

Alors que  7% des travailleurs arrivent à mettre beaucoup d'argent de côté chaque mois, ils ne sont pas moins de 40 % à présenter un risque de basculer dans la pauvreté ou à déjà devoir faire face à une situation précaire.

En effet, au sein de ce pourcentage de travailleurs,  29 % d'entre eux s'en sortent tout juste pour boucler leur fin de mois, alors que 11 % n'arrivent pas ou plus à joindre les deux bouts et se retrouvent alors dans un ménage que l'on peut qualifier de « pauvre » ou « très pauvre ».

Quel est le profil de ces 40% de travailleurs « pauvres » ?

Les transformations du marché de l'emploi ne sont pas sans conséquences. Le discours dominant qui veut, notamment, que les diplômes et le CDI soient un gage de stabilité, ne tient plus. 

En effet, près d'un travailleur sur deux, dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté, est pourtant détenteur d'un CDI.

L'enquête met également en  évidence le fait que plus le diplôme est élevé, plus l'accès à un  emploi stable est tardif. En outre ce diplôme ne garantit pas toujours un salaire décent.

Ainsi, l'enquête nous permet d'affirmer que, plus le salaire se rapproche du seuil de pauvreté (soit environ 1250 € net par mois ), plus le travailleur est :

  • Jeune. En effet, 1 travailleur sur 3 a moins de 31 ans ;

  • Peu diplômé. Sur les 40 % de travailleurs « pauvres », pour plus de la moitié d'entre eux (61%) le diplôme le plus élevé correspond à celui du primaire-secondaire inférieur.

  • Détenteur d'un contrat à temps partiel pour plus de la moitié d'entre eux (51%). De plus, notons que, dans 7 cas sur 10, ce type de contrat n'est pas un choix délibéré, au contraire, il est entièrement subi.

  • Détenteur d'un contrat précaire de type CDD ou intérim.

Cette situation de pauvreté générée par le travail impacte d'autant plus les ménages disposant d'un seul revenu, et notamment les familles monoparentales.

En outre, les travailleurs «  pauvres » sont surtout des « travailleuses ».

En effet, 41% des femmes vivent en-dessous du seuil de pauvreté contre 29 % des hommes. Ainsi, l'inégalité homme-femme est indéniable dans l'accès à l'emploi et à un revenu décent.

Un ascenseur social en panne : le poids de l'héritage

Bien que la pauvreté au travail ne découle pas systématiquement de l'origine sociale, elle y est toujours fortement liée. 

Ainsi, ce Thermomètre révèle que, parmi les travailleurs « pauvres » 6 sur 10 n'ont pas grandi dans l'aisance financière et sont même issus de familles où les dépenses étaient calculées avec attention. On remarque que les situations précaires sont souvent cumulatives : milieu familial peu aisé, niveau scolaire peu élevé, contrats de travail précaires, ...

Les coups durs et les épreuves de la vie (chômage, divorce, décès, ...) entraînent alors un rapide basculement d'une situation que l'on pourrait qualifier de « protégée » ou « confortable » vers la précarité ou la pauvreté. Cela a été  le cas pour 72% de notre échantillon de travailleurs.

Se serrer la ceinture au quotidien

Face à la faiblesse de leurs revenus, les travailleurs « pauvres » sont amenés à se priver de tout un tas de choses, à  commencer par les vacances pour 60% d'entre eux.

Leurs difficultés financières les obligent à renoncer à se défendre en justice si le cas se présente mais aussi à accéder à un logement convenable ou même à assurer à leurs enfants l'accès à des études supérieures ou à simplement s'offrir des activités culturelles et de loisirs.

Un avenir à durée déterminée

Face aux possibilités précaires qu'offre le travail, la peur du chômage persiste. En effet, au sein des travailleurs vivant en dessous du seuil de pauvreté, presque la moitié s'inquiète de se retrouver sans emploi dans les 6 prochains mois.

Même s'ils sont très nombreux (60%) à évaluer leur vie comme insatisfaisante, le travail reste malgré tout perçu comme une sorte d'échappatoire. Notons en effet qu'ils ne sont pas moins de 69% à adhérer à l'idée selon laquelle être sans travail est le signe d'une mort sociale. 

Une confiance en berne

Mais vers qui peuvent-ils se tourner ? En qui ont-ils confiance pour les aider ?

Sans grande surprise, la famille, les amis et le médecin sont les premiers cités pour près de 50% des travailleurs. Après ça... la confiance accordée est au plus bas. Les associations et les mutuelles restent encore vues comme des partenaires pouvant aider et accompagner face aux difficultés pour près de 20% des travailleurs ce qui est loin d'être le cas des pouvoirs publics, de la presse et des journalistes ou même des entreprises.

Une forte méfiance à l'encontre des partis politiques se fait également ressentir car ils occupent tout simplement la dernière place du classement. Plus de la moitié des travailleurs interrogés ont le sentiment que les responsables politiques ne s'intéressent pas à la vie des gens, certains se sentant même complètement abandonnés par l'Etat et ne jugent plus utile de se déplacer pour aller voter.

Les recommandations de Solidaris

La précarisation du travail qui se développe dans nos sociétés ultralibérales ne permet plus à un nombre croissant de travailleurs de vivre décemment. Suite aux résultats de ce Thermomètre et en tant qu'acteur social et citoyen, la Mutualité Solidaris formule plusieurs pistes de proposition qui sont les suivantes  :

Ø  La lutte pour l'individualisation des droits

Ø  L'augmentation des bas salaires

Ø  L'augmentation des allocations sociales

Ø  Soutenir et promouvoir le plan wallon de lutte contre la pauvreté

Ø  L'automatisation des droits en matière de soins de santé

Retrouvez l'ensemble des résultats dans ce document : Thermomètre Solidaris  - Le Soir – RTL N° 9 : Le travail protège-t-il de la pauvreté ? (Octobre 2016)